Le feu gagne la ville par les recoins, les angles morts, les bords de trottoir, les yeux des enfants. Les regards se voilent de verre fumé. L'incendie gagne les plus hauts immeubles, transmuées en grenats, en rubis, en colonnes de feu.
Le bitume s'adoucit, s'imprègne de la lente et suave indécence que le soleil exige. La peau de la ville se dore, s'enduit d'odeurs sucrées, fruit succulent que s'arrachent les dieux. Pourtant le fruit d'or dissimule ses cavités et excroissances, ses chancres secrets. Les remugles d'un été qui laisse traîner sa robe dans les eaux glauques des bras agonisants d'un océan épuisé, les ruisselets qui courent nus et noirs au milieu des ruelles, les ordures chauffées à blanc par un soleil sans pitié.
Ainsi est la ville alanguie, mâtinée de douceâtre et de vif, d'esquilles parfumées, de récifs saumâtres.
jeudi 2 février 2012
mardi 27 décembre 2011
La ville et le vide VIII
Il est un pont dans la ville alanguie où de funèbres funambules déambulent d'un pas funeste, les yeux au sol, les lèvres serrées. C'est un lieu comme il en existe dans chaque cité, un lieu gravide, que l'espoir ignore. Peuplé de soupirs durs, perclus de rêves brisés, un purgatoire d'anxiété, qui flambe sur l'horizon comme un feu froid, un phare à l'envers, une serre d'errances maladroites et pathétiques. Ceux qui y vont, le font seuls, au détriment des autres, d'eux-mêmes. Se dépouiller de toute espérance et de toute volonté de vivre est leur choix. La ville leur oppose barrières, policiers, plexiglass. La ville leur impose solitude, misère, injustice.
Plus cruelle que la mer, plus vicieuse que le poison, d'une griffe elle reprend ce que des lèvres elle avait promis.
Plus cruelle que la mer, plus vicieuse que le poison, d'une griffe elle reprend ce que des lèvres elle avait promis.
vendredi 9 décembre 2011
La ville et le labyrinthe II
De l'ombre portée du bitume au sable épuisé des dunes, du sol maculé à l'opacité sereine de l'océan, de la vague sans mémoire aux toits ogivaux oubliés du temps, de l'argile des visages à la moire des corps, de l'or souillé de crachats indignes à la friture bénie des échoppes fumantes, des solitudes de lampadaires pensifs aux fourmilières de néons et paillettes élimées, du sortilège à l'esbroufe, du dédain à l'émoi, des foetus de lama aux cabines internet, du net aperçu des falaises à la brume rideaux sans fin, de la faim aux moyens, de la misère aux cuivres, des livres aux ordures, du pur au dégoût, du goût à l'obscène, des scènes au silence, la ville parade, se parodie s'image se mirage sans jamais cesser d'être en devenir un chantier de chair, de désirs, qui n'ignore aucun de ses enfants pour mieux les dévorer, les faire siens, laissant aux écueils célestes le dessein de choisir ceux qui pourront mastiquer son essence sublime et des cendres de leurs certitudes reconnaître enfin, sous les masques et les voiles, la ville alanguie.
lundi 28 novembre 2011
La ville et le labyrinthe I
Celui qui cherche à posséder la ville la verra se dérober à lui s'éloigner sans cesse. Il épinglera des rues, des lieux et des visages, bientôt des rires, des baisers et des larmes. Il établira des frontières, des détours, cherchant à ne pas oublier un lieu ou un autre, à se libérer du fardeau de l'ignorance.
Dans sa lutte effrénée, il ne sentira pas la pâte de ville, sa poussière impalpable lentement le gagner, s'infiltrer par chacun de ses pores, parant sa peau du vert pacifique, son haleine de mangue et ses fredonnements de cuivres et de trompettes. Il ne sentira pas, lentement ses voisins de pallier pénétrer dans sa vie, ni les sourires des commerçants, la familiarité du conducteur du bus se frayer un chemin dans sa mémoire, goutte à goutte, synapse après synapse envahir avec l'inexorable de l'oxydation, son esprit, le changer et brouiller à jamais les frontières établies avec la ville alanguie.
De conquérant, il deviendra un habitant de plus, un être entaché d'humanités qui le prolongent autant qu'elles l'asservissent, lui ôtant à jamais l'impression d'avoir vaincu une cité, elle qui le malaxe et le colore à chacun de ses souffles.
Dans sa lutte effrénée, il ne sentira pas la pâte de ville, sa poussière impalpable lentement le gagner, s'infiltrer par chacun de ses pores, parant sa peau du vert pacifique, son haleine de mangue et ses fredonnements de cuivres et de trompettes. Il ne sentira pas, lentement ses voisins de pallier pénétrer dans sa vie, ni les sourires des commerçants, la familiarité du conducteur du bus se frayer un chemin dans sa mémoire, goutte à goutte, synapse après synapse envahir avec l'inexorable de l'oxydation, son esprit, le changer et brouiller à jamais les frontières établies avec la ville alanguie.
De conquérant, il deviendra un habitant de plus, un être entaché d'humanités qui le prolongent autant qu'elles l'asservissent, lui ôtant à jamais l'impression d'avoir vaincu une cité, elle qui le malaxe et le colore à chacun de ses souffles.
vendredi 7 octobre 2011
La ville et les symboles VI
Lorsque s'amoncellent les nuages sur la ville alanguie, la lumière, elle s'accumule sur les points faibles du gris monochrome, comme autant de goutte de feu, de lave languide. Elle sourd, humide, coule lentement dense, s'infiltre par les défauts de la trame et entache de couleurs les angles bénis de hasard, enflammés de rouges et d'ors sans concession. L'obscurité qui environne ces fragments lumineux se fait avide et des traits d'ombre s'efforcent inlassablement d'emporter ces fruits onctueux, de les diviser, de les perdre.
Parfois, cette lumière vient à croiser un visage, une chevelure, transfigurant le charbon en diamant, l'argile en carmin, le jais en pourpre. Le contraste de ce crépuscule enflammé suscite une terreur sacrée, celle de contempler la fin d'un monde, la chute d'une Rome.
L'obscurité finit toujours par gagner car éternellement elle devancera la lumière. Elle s'élève en flots tumultueux et muets, engloutissant les derniers phares d'une Atlantide à l'abandon. S'élèvent alors de la ville des cierges de néon, des couronnes de luminaires, des lampions de phares, qui peignent le gris métal céleste de la phosphorescence funèbre des lucioles.
Parfois, cette lumière vient à croiser un visage, une chevelure, transfigurant le charbon en diamant, l'argile en carmin, le jais en pourpre. Le contraste de ce crépuscule enflammé suscite une terreur sacrée, celle de contempler la fin d'un monde, la chute d'une Rome.
L'obscurité finit toujours par gagner car éternellement elle devancera la lumière. Elle s'élève en flots tumultueux et muets, engloutissant les derniers phares d'une Atlantide à l'abandon. S'élèvent alors de la ville des cierges de néon, des couronnes de luminaires, des lampions de phares, qui peignent le gris métal céleste de la phosphorescence funèbre des lucioles.
jeudi 15 septembre 2011
la ville et les masques VII
Un: le crissement d'un pneu, contrepoint à la mélodie du bitume.
Deux: un choc mou.
Trois: une portière claque, féroce mâchoire de colère.
Les acteurs sont connus. Chacun sait sa part. Le choeur des ingénus discourt: pléthore d'yeux levés au ciel, myriade d'aride ressentiment général.
L'intrigue est en place et sur le sol, la tâche qui s'étale a les contours vermeils d'une réclame pour les soldes.
D'autres accompagnent la scène et du lointain balcon une vieille dame digne joue son rôle silencieux.
L'Autorité arrive, bedonnante, à temps pour rehausser le banal de la tragédie.
Au parterre, l'effet Doppler s'enfle, fait écho, fait les choux gras, fait diversion du protagoniste principal, qui en silence, s'acquitte besogneusement de sa fonction de gisant.
Le corbillard, blanc et rouge clôt du rideau de sa sirène la piécette en un acte.
Déjà, les personnages, en quête d'auteur s'éloignent, emportés par la ville.
Que ceux qui ont loupé ce mystère ne craignent rien: nul ne se lasse jamais de le représenter.
mardi 23 août 2011
la ville et les masques VI
L'hiver est une vague qui harasse sans cesse les carrefours de la ville. Pâteuse, elle enfle, déborde les toits, se colle au ciel, tenace, comme la nicotine sur les dents d'un vieux fumeur. Pourtant, la métropole ne lui cède le terrain qu'aux prix de luttes titanesques: chaque ruelle est un Iéna, chaque trottoir un Waterloo où des lots de fleurs citadines râlent dans le tonnerre des klaxons insanes. Le crépuscule hivernal caracole tandis que face à ses lances d'embruns translucides, une cité s'arc-boute de ses couleurs les plus criardes, les plus ferventes, les plus fiévreuses,les plus désespérées.
Las, le ciel avare emporte son éclat, laissant la cité baigner dans le sépia d'une vieille morgue. Jusqu'au premier taxi, qui explose de musique, de cuivres, d'humanité, enfin, sous le sourcil froncé d'un Pacifique vert de gris. Oui, dans la ville alanguie, lorsque les couleurs s'enfuient, défaites par le glauque crépuscule, elles se réfugient dans la musique; dans chaque radio, dans chaque échoppe, dans chaque cantine, attendant au chaud des ondes, les lendemains qui chantent.
Las, le ciel avare emporte son éclat, laissant la cité baigner dans le sépia d'une vieille morgue. Jusqu'au premier taxi, qui explose de musique, de cuivres, d'humanité, enfin, sous le sourcil froncé d'un Pacifique vert de gris. Oui, dans la ville alanguie, lorsque les couleurs s'enfuient, défaites par le glauque crépuscule, elles se réfugient dans la musique; dans chaque radio, dans chaque échoppe, dans chaque cantine, attendant au chaud des ondes, les lendemains qui chantent.
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