L'hiver est une vague qui harasse sans cesse les carrefours de la ville. Pâteuse, elle enfle, déborde les toits, se colle au ciel, tenace, comme la nicotine sur les dents d'un vieux fumeur. Pourtant, la métropole ne lui cède le terrain qu'aux prix de luttes titanesques: chaque ruelle est un Iéna, chaque trottoir un Waterloo où des lots de fleurs citadines râlent dans le tonnerre des klaxons insanes. Le crépuscule hivernal caracole tandis que face à ses lances d'embruns translucides, une cité s'arc-boute de ses couleurs les plus criardes, les plus ferventes, les plus fiévreuses,les plus désespérées.
Las, le ciel avare emporte son éclat, laissant la cité baigner dans le sépia d'une vieille morgue. Jusqu'au premier taxi, qui explose de musique, de cuivres, d'humanité, enfin, sous le sourcil froncé d'un Pacifique vert de gris. Oui, dans la ville alanguie, lorsque les couleurs s'enfuient, défaites par le glauque crépuscule, elles se réfugient dans la musique; dans chaque radio, dans chaque échoppe, dans chaque cantine, attendant au chaud des ondes, les lendemains qui chantent.
mardi 23 août 2011
jeudi 11 août 2011
la ville et le vide VII
Il n'y a que les mots.
Pour décrire la ville alanguie, il faudrait éructer le sang, la sueur, les larmes, la poussière, les peintures criardes. Pour la toucher du doigt, le rance, le vif, l'humide, l'invincible parfum des bougainvilliers. Celui qui s'attaque à la cité, l'effrite de ses mots mâchonnés, heurtés se sait vaincu. Culbuté par les trente mille portes et les douze mille orifices d'un organisme immortel, que le chaos des sentiments finit par rendre brouet divin. Armé d'une seule plume,immergé dans le fleuve de couleurs, d'odeurs, de peaux et de vies, l'échec est la seule échappatoire.
Cela ou la lucidité divine que d'aucuns nomment folie.
Pourtant l'errant qui s'imprègne des parfums faits myriades, des joies faites légions n'a pas d'autre choix.
Il n'y a que les mots.
Pour décrire la ville alanguie, il faudrait éructer le sang, la sueur, les larmes, la poussière, les peintures criardes. Pour la toucher du doigt, le rance, le vif, l'humide, l'invincible parfum des bougainvilliers. Celui qui s'attaque à la cité, l'effrite de ses mots mâchonnés, heurtés se sait vaincu. Culbuté par les trente mille portes et les douze mille orifices d'un organisme immortel, que le chaos des sentiments finit par rendre brouet divin. Armé d'une seule plume,immergé dans le fleuve de couleurs, d'odeurs, de peaux et de vies, l'échec est la seule échappatoire.
Cela ou la lucidité divine que d'aucuns nomment folie.
Pourtant l'errant qui s'imprègne des parfums faits myriades, des joies faites légions n'a pas d'autre choix.
Il n'y a que les mots.
mercredi 3 août 2011
la ville et les symboles V
Celui qui s'éloigne par la terre de la cité devra se débattre longtemps avant de savoir s'il a quitté ses longues rues poussiéreuses et sa nation de vendeurs effrénés. Plus il s'enfoncera dans le désert d'ocre et de gris qui sert à la ville d'écrin plus il aura l'impression de revenir sur ses pas. Les façades mangées par la mer, les regards perdus, les trottoirs habités, les lumières maladives des lampadaires dans la pénombre, tout semble se répéter et se confondre, formant un ennuyeux cauchemar.
Les panneaux mensongers et les indications autochtones et perverses conspirent afin d'empêcher la velléité d'une fuite. L'errant devra traverser chacun des voiles que la ville éparse érigera en mirages pour l'empêcher de la quitter, affronter la conspiration de miroirs absurdes et la litanie de bitume qui, de détours d'autoroute en havres minables, tentera de le retenir.
Celui qui parviendra jusqu'aux portes lointaines sans se retourner, abandonnant les hurlements de la foule, les gémissements des taxis, la chicane des bradeurs de pacotille verra le vrai désert, stérile et pensif, fuyant devant lui jusqu'à l'horizon enténébré.
Les panneaux mensongers et les indications autochtones et perverses conspirent afin d'empêcher la velléité d'une fuite. L'errant devra traverser chacun des voiles que la ville éparse érigera en mirages pour l'empêcher de la quitter, affronter la conspiration de miroirs absurdes et la litanie de bitume qui, de détours d'autoroute en havres minables, tentera de le retenir.
Celui qui parviendra jusqu'aux portes lointaines sans se retourner, abandonnant les hurlements de la foule, les gémissements des taxis, la chicane des bradeurs de pacotille verra le vrai désert, stérile et pensif, fuyant devant lui jusqu'à l'horizon enténébré.
mardi 19 juillet 2011
La ville et les odeurs III
Dans certaine petite impasse du centre ville, se dissimule, sous l'apparence benoîte d'un restaurant chinois, l'un des temples de la saveur d'une ville pourtant riche en senteurs de qualité. Ceux qui traversent la rue sous le vent seront tout de suite avertis de l'odeur de viande grillée, d'épices et de gingembre caramélisé. Dans une débauche de désordre, au milieu d'une explosion de tables d'un mauvais marbre synthétique, se tient un vieil homme qui ne parle qu'un mandarin incompréhensible. Depuis de longues années déjà, il a décidé que parler n'était pas le meilleur moyen de se faire comprendre. Lui, son langage, ce sont la friture, la cuisson, le soja. Véritable linguiste, il se fait comprendre de tous, riches, pauvres, exilés, natifs, pressés ou paresseux.
Les nuages blancs qui naissent de ses fourneaux sont de vapeur et d'huile de sésame et on dit qu'un phénix se dissimule dans l'éclat des flammes de ses nouilles sautées . Jamais aucun service d'hygiène n'est parvenu jusqu'au saint des saints, mais beaucoup sont ceux qui prétendent qu'un jour, on y a entrevu l'éclat doré des écailles d'un dragon. Parfois, le vieil homme chante, des chansons qui ne sont pas de cette terre, au rythme des échauffourées de casseroles et du grondement sourd des clients. Il fredonne les chants d'une terre qui l'a vu naître et qu'il ne reverra que les yeux clos par le songe ou la mort.
Les nuages blancs qui naissent de ses fourneaux sont de vapeur et d'huile de sésame et on dit qu'un phénix se dissimule dans l'éclat des flammes de ses nouilles sautées . Jamais aucun service d'hygiène n'est parvenu jusqu'au saint des saints, mais beaucoup sont ceux qui prétendent qu'un jour, on y a entrevu l'éclat doré des écailles d'un dragon. Parfois, le vieil homme chante, des chansons qui ne sont pas de cette terre, au rythme des échauffourées de casseroles et du grondement sourd des clients. Il fredonne les chants d'une terre qui l'a vu naître et qu'il ne reverra que les yeux clos par le songe ou la mort.
lundi 4 juillet 2011
La ville et la peur III
Celui qui marche dans la ville alanguie doit garder patience et bien souvent courage. Ainsi lorsqu'il déambule, il appartient à une espèce fort rare et qui compte, comme toute espèce, ses prédateurs. L'ombre des masures oubliées par le temps, les ténèbres épaisses d'une cour intérieure, la pénombre opaque des arbres gauchis par le vent, tout cela est leur habitat. Marcher là,c'est risquer de voir un sourire sur un masque de misère, un rictus aux dents proéminentes et avides, dont la douleur est trop profonde, trop vivace, trop ancienne, pour être jugulée par la raison. Fuir, ou se défaire de ses possessions, car la lutte est inutile. Nul ne peut se battre contre le désespoir épaissi de rancunes et d'envie.
lundi 27 juin 2011
La ville et le vide VI
Celui qui retourne sur les allées humides de la ville alanguie retracera des chemins parcourus, des routes empruntées, des blague éculées, des insanités quotidiennes. Parfois, dans le silence bouillonnant de la ville infinie, il caressera des doigts l'empreinte ténue des jours passés.
D'aucuns considèrent être à l'abri de la folie, d'aucuns l'affirment avec le péremptoire de l'incertitude.
Cette démence est celle qui pousse à chercher, dans une irrémédiable conspiration de miroirs, des sourires connus, des gestes compris, des âmes aimées, dans le chaos d'un lieu et d'un temps distincts de ceux qui ont connus ces traces diffuses d'affection.
Dans la lie et le parfum d'un ailleurs, cette recherche irrévocable est celle qui tatoue, à l'aide de la douleur précise des absences, la certitude d'aimer.
D'aucuns considèrent être à l'abri de la folie, d'aucuns l'affirment avec le péremptoire de l'incertitude.
Cette démence est celle qui pousse à chercher, dans une irrémédiable conspiration de miroirs, des sourires connus, des gestes compris, des âmes aimées, dans le chaos d'un lieu et d'un temps distincts de ceux qui ont connus ces traces diffuses d'affection.
Dans la lie et le parfum d'un ailleurs, cette recherche irrévocable est celle qui tatoue, à l'aide de la douleur précise des absences, la certitude d'aimer.
vendredi 13 mai 2011
la ville et les symboles IV
Le mitan de la cité est brodé d'une théorie de ruines. Grouillantes fourmilières insomniaques, elles ne connaissent ni repos, ni silence. Inondées sans cesse de plastique criard, rose, jaune, vert, elles répandent à travers la ville des ustensiles indispensables. Là, le curieux pourra obtenir tout ce qu'il désire, s'il sait garder une main sur ses valeurs et un moyen pour se guider à travers les galeries, les dédales d'escaliers, les grottes suspendues éclairées de néons bourdonnants. Une théorie de portefaix, une confrérie de coiffeurs, une guilde de marchands de camelote. Le grand marché bat, coeur de polystyrène et de pacotille, diffusant couleurs et sons dans chacune des artères de la ville. Le guérisseur y côtoie l'informaticien, les poulets fraîchement égorgés les ballons d'anniversaire. Les façades rongées par le temps, résignées de crasse, contemplent dédaigneusement les manades qui les envahissent sans cesse. Là, un écrivain public se cure le nez sous un porche qui a connu les colonies, tandis qu'un vendeur de beignets harangue allégrement sous les arcades de, ce qui un jour, fût peut-être un palais.
Le centre se nie au changement, comme il se moque de son passé, de son futur, de son maintenant. Il est et ne connaîtra sa fin que lorsque les hommes auront perdu goût au marchandage et à l'échange. Certains prétendent que le jour de l'apocalypse, on y vendra des tickets d'entrée pour le paradis.
A moitié prix.
Le centre se nie au changement, comme il se moque de son passé, de son futur, de son maintenant. Il est et ne connaîtra sa fin que lorsque les hommes auront perdu goût au marchandage et à l'échange. Certains prétendent que le jour de l'apocalypse, on y vendra des tickets d'entrée pour le paradis.
A moitié prix.
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