Il est une saison où la ville alanguie se vêt de pourpre. Fardée du ton des mûres écrasées, parfumée d’encens, de myhrre, elle geint, se tord les mains, en processions, tachycardie de ferveur insomniaque.
Toute l’année, des hommes, artisans, policiers, éboueurs, s’assemblent préparent débattent déblatèrent parfois, en compagnies hétérogènes dont l’axe est une figure tordue de douleur, bras ouverts, pagne sanglant, peau tannée de soleil.
Et subit, jaillit l’icône, reflet infini enjolivé d’un miraculeux pan de mur, unique survivant d’une chapelle victime des cruelles convulsions de la terre, ogresse nourricière.
Et la foi se répand dans les rues, les coeurs trois fois bénis brillent de toutes leurs diodes, les femmes austères pleureuses, les hommes endimanchés du lundi au dimanche.
Les klaxons du quotidien s’égosillent, s’arcboutent contre la tétraplégie soudaine de la vieille cité, qui s’érige figée par l’égide des humbles, se rit des sémaphores et des conventions. Devant elle les gants blancs des policiers capitulent, les képis choient de respect. La foule, toujours aveugle, toujours monumentale, toujours avide, toujours victorieuse, marche au rythme lancinant de la tradition viscérale, fleuve de génuflexions.
Et passe le dieu des pauvres, le dieu des esclaves, le dieu doré de sagex de ceux qui travaillent du matin au soir et qui, le temps d’un mois échymose, se défont de leurs habitudes pour honorer en crue irrésistible, le seigneur des miracles, aux mains calleuses, aux pieds marqués, qui est à eux comme ils sont à lui, empathie organique, insondable.
mardi 8 décembre 2015
vendredi 20 novembre 2015
La ville et les symboles VIII
Ils poussent aux coins des rues comme des champignons de sucre glacé, nappés de néons et de pyrite. Gueules tendues au ciel, parsemées d’étoiles de pacotille, aux langues de tapis rouges mités, foulées en crûs à prix barrés par les talons impénitents.
Ceux qui y goûtent, vieilles dames dignes, tristes célibataires, mères enfiévrées, solitaires de tous crins à la poche percée dès l’enfance, pullulent en essaims dépareillés, affriandés par un battage au fard de rance espérance.
Les portes franchies, les heures s’abolissent, le crépuscule est éternel, découpé en lamelles par le bruit sec des bandits manchots qui déversent le fruit béni de leurs entrailles: mânes et réclames, encore, qui font frémir des naseaux affriandés par le fumet du hasard ou du miracle.
Si l’essaim des mordus s’apprête des trente mille masques de l’espoir le plus vil, son regard est Un. Indivisible. Eternel.
Celui du junkie au jackpot, dont l’hymne fébrile parcourt les veines de la ville alanguie: si ce n’est cette partie, ce sera la prochaine.
Ceux qui y goûtent, vieilles dames dignes, tristes célibataires, mères enfiévrées, solitaires de tous crins à la poche percée dès l’enfance, pullulent en essaims dépareillés, affriandés par un battage au fard de rance espérance.
Les portes franchies, les heures s’abolissent, le crépuscule est éternel, découpé en lamelles par le bruit sec des bandits manchots qui déversent le fruit béni de leurs entrailles: mânes et réclames, encore, qui font frémir des naseaux affriandés par le fumet du hasard ou du miracle.
Si l’essaim des mordus s’apprête des trente mille masques de l’espoir le plus vil, son regard est Un. Indivisible. Eternel.
Celui du junkie au jackpot, dont l’hymne fébrile parcourt les veines de la ville alanguie: si ce n’est cette partie, ce sera la prochaine.
mardi 18 mars 2014
Quête
SORS.
Charge ivre
pointe d'erre au coeur
trace le large
âcre fumet
crû libre
DéChIqUète
âtres
foyers
confort
SORS.
Le souffle c o u r t (tisse)
Forêts de verre d'arbres d'acier lisse
Au bitume qui sourd
de bayous de briques
de paraboles aveugles
d'écoufles d'hélices
de métal qui meugle
de lierre électrique
des criques de pierre
pièges lacés
thabors de plastique
SORS.
Triomphant
des visages des morts
des sourires des vivants
du délire et la fortune
SORS.
Des nuits sans lune
Sans serments
sarments sémaphores
parsemant soleils de minuit
cendrés de néon à tout vent
enfants
Pèlerins de néant
Pères d'abandon
aux surins d'échos
au sein des grottes urbaines
reines de yacht
visages aphones
lois de paillettes
silhouettes de fard sans fond
danse au coeur creux de talons
pas à pas ovins
vains appâts.
Là-BAS.
la voix roule rue
coule mue
s'envole
ailes de rage sage
caracole
calandre sans rivage
se débat d'attendre le glas
allume
rire sauvage
hume
à tous vents épars
blizzards simouns burles
sans frontières affronts
fausses promesses
masques bâtards
Hurle enfin.
PARS.
famine de mastiquer
épaisses lueurs d'aube
d'extirper trames
( baisers drames
silences d'alcôve
sueurs soupirs
larmes et coups)
du tissu tendu des jours
tissé sec à fil court
connaître tout
crever en essayant
Tenir son rang
entre dame et fou
N'être ébloui par rien
hors l'oubli délicieux
savourer à l'envi les cieux
mûrir errer s'enfuir
Et en tout lieu
l'âme au front
Toujours
les dents serrées sur un sourire furieux
bouffer l'horizon
Charge ivre
pointe d'erre au coeur
trace le large
âcre fumet
crû libre
DéChIqUète
âtres
foyers
confort
SORS.
Le souffle c o u r t (tisse)
Forêts de verre d'arbres d'acier lisse
Au bitume qui sourd
de bayous de briques
de paraboles aveugles
d'écoufles d'hélices
de métal qui meugle
de lierre électrique
des criques de pierre
pièges lacés
thabors de plastique
SORS.
Triomphant
des visages des morts
des sourires des vivants
du délire et la fortune
SORS.
Des nuits sans lune
Sans serments
sarments sémaphores
parsemant soleils de minuit
cendrés de néon à tout vent
enfants
Pèlerins de néant
Pères d'abandon
aux surins d'échos
au sein des grottes urbaines
reines de yacht
visages aphones
lois de paillettes
silhouettes de fard sans fond
danse au coeur creux de talons
pas à pas ovins
vains appâts.
Là-BAS.
la voix roule rue
coule mue
s'envole
ailes de rage sage
caracole
calandre sans rivage
se débat d'attendre le glas
allume
rire sauvage
hume
à tous vents épars
blizzards simouns burles
sans frontières affronts
fausses promesses
masques bâtards
Hurle enfin.
PARS.
famine de mastiquer
épaisses lueurs d'aube
d'extirper trames
( baisers drames
silences d'alcôve
sueurs soupirs
larmes et coups)
du tissu tendu des jours
tissé sec à fil court
connaître tout
crever en essayant
Tenir son rang
entre dame et fou
N'être ébloui par rien
hors l'oubli délicieux
savourer à l'envi les cieux
mûrir errer s'enfuir
Et en tout lieu
l'âme au front
Toujours
les dents serrées sur un sourire furieux
bouffer l'horizon
dimanche 9 septembre 2012
Un songe de scaphandrier
Entre deux eaux
Des poissons
voletant
autour de la tête
nuque raide
ressac
lointain
la lanterne veille
le front empoissé
au pieds le plomb
aux mains le cuivre
le laiton
Du casque poli
e
v
è
l
le tube s'é
dans l'océan
Traverse alors le banc d'illusions de visages
d'antans sans futur
sans présent
Brillants âppats.
Les algues (insidieuses convictions) s'enlacent
Pas plombé pesant comme la goutte
la déambule s'étoffe d'arrêts s'étouffe de ciseaux de rages
arrachent tout d'un
certitudes
idées reçues
Rêves étrangers
bonheurs copiés/
/ collés
Marcher encore.
Derrière les falaises d'ignorance sables épais de rancoeurs bois de fureur feux follets d'espérance
une
Ville attend.
Ses rues douces comme le lait
ses femmes parées de goémon
ses toits en nacre ses fiacres de perle
De son ciel tourbillonnant
déferlent
monceaux d'étoiles
naufragés mélancoliques
armagnac
boussoles
sextants
. Là-bas.
Et j'ignore son nom.
jeudi 16 août 2012
La ville et le labyrinthe III
Toute cité possède ses rues connues, ses avenues brillantes, ses boulevards glorieux.
La ville alanguie, elle, est escarrifiée, peau sombre marquée par un artiste dément.
Aucune béance ne parvient à prendre le pas sur sa masse, myriade de chaos.
Beaucoup s'y sont essayés: architectes, urbanistes, guides, poètes, mais aucun ne peut tailler sa sanie divine.
La ville se défend, crée croûtes oxydées, excroissances vitrifiées; s'approprie le vide, l'avale, l'orne.
Parfois émerge un vestige de plan, une esquisse d'ordre: la folie d'un démiurge accablé d'entropie.
D'ichor frelaté, d'ambroisie à prix barré, elle se survit, s'atrophie, se bouture, cautérise ses plaies, s'épure, se défie, turpide, scellée.
Ses routes sont autres, cartographie confite d'improbables hasards, car au-delà des routes vues et perclues d'obstacles, hommes, femmes, sains et déments, suivent des sentes dont eux-mêmes méconnaissent la portée.
Une trace s'amorce d'un lieu, d'un autre, s'adapte constamment, évitant chemins fermés, excavations, brigands.
Les rumeurs sont l'encre d'une carte indicible aux oasis aussi inconstants que les dangers. Ses rebonds retors entrelacent les habitants aveugles, dénouant histoires d'amour subites, vols à la tire, rapts, inspirations.
Telle est la ville alanguie: ses routes excavées ne sont que des coquilles vides.
Ses véritables chemins sont filles d'errance et de saccades.
La ville alanguie, elle, est escarrifiée, peau sombre marquée par un artiste dément.
Aucune béance ne parvient à prendre le pas sur sa masse, myriade de chaos.
Beaucoup s'y sont essayés: architectes, urbanistes, guides, poètes, mais aucun ne peut tailler sa sanie divine.
La ville se défend, crée croûtes oxydées, excroissances vitrifiées; s'approprie le vide, l'avale, l'orne.
Parfois émerge un vestige de plan, une esquisse d'ordre: la folie d'un démiurge accablé d'entropie.
D'ichor frelaté, d'ambroisie à prix barré, elle se survit, s'atrophie, se bouture, cautérise ses plaies, s'épure, se défie, turpide, scellée.
Ses routes sont autres, cartographie confite d'improbables hasards, car au-delà des routes vues et perclues d'obstacles, hommes, femmes, sains et déments, suivent des sentes dont eux-mêmes méconnaissent la portée.
Une trace s'amorce d'un lieu, d'un autre, s'adapte constamment, évitant chemins fermés, excavations, brigands.
Les rumeurs sont l'encre d'une carte indicible aux oasis aussi inconstants que les dangers. Ses rebonds retors entrelacent les habitants aveugles, dénouant histoires d'amour subites, vols à la tire, rapts, inspirations.
Telle est la ville alanguie: ses routes excavées ne sont que des coquilles vides.
Ses véritables chemins sont filles d'errance et de saccades.
lundi 30 avril 2012
la ville et les symboles VII
Les rues en dédales quadrillés dissimulent bien plus qu'elles révèlent les stances de la ville alanguie. Ici, les maisons tournent leur dos de fer forgé et de de béton aux goudron, façades nues, offertes au passant. De verre brisé les dentitions monstrueuses de squales endormis fleurissent sur chaque rebord, entre les géraniums.
La ville se souvient.
D'un temps de peur et de bombes, dont les échos résonnent encore dans ses pensées fossilisées, les maisons.
La ville se souvient du fracas et du couvre-feu, des allées obscures, du silence moite des ombres subites.
Les racines de la peur sont profondes, mais à l'abri de ses murailles, à l'envers de ses silences, des jardins et des cours intérieures, des fontaines, des parterres de fleurs, peuplés par les rires des enfants.
Ainsi est la ville alanguie, enfouis sous ses rideaux de fer rouillé et de verre pilé, veillent ses bougainvilliers et la cité, pliage constant, n'offre que ses rebords. A chacun d'ouvrir l'origami aux arrêtes de rasoir, d'éveiller les joies d'une ville aux secrets replis de félicité délicate.
jeudi 2 février 2012
La ville et les odeurs VI
Le feu gagne la ville par les recoins, les angles morts, les bords de trottoir, les yeux des enfants. Les regards se voilent de verre fumé. L'incendie gagne les plus hauts immeubles, transmuées en grenats, en rubis, en colonnes de feu.
Le bitume s'adoucit, s'imprègne de la lente et suave indécence que le soleil exige. La peau de la ville se dore, s'enduit d'odeurs sucrées, fruit succulent que s'arrachent les dieux. Pourtant le fruit d'or dissimule ses cavités et excroissances, ses chancres secrets. Les remugles d'un été qui laisse traîner sa robe dans les eaux glauques des bras agonisants d'un océan épuisé, les ruisselets qui courent nus et noirs au milieu des ruelles, les ordures chauffées à blanc par un soleil sans pitié.
Ainsi est la ville alanguie, mâtinée de douceâtre et de vif, d'esquilles parfumées, de récifs saumâtres.
Le bitume s'adoucit, s'imprègne de la lente et suave indécence que le soleil exige. La peau de la ville se dore, s'enduit d'odeurs sucrées, fruit succulent que s'arrachent les dieux. Pourtant le fruit d'or dissimule ses cavités et excroissances, ses chancres secrets. Les remugles d'un été qui laisse traîner sa robe dans les eaux glauques des bras agonisants d'un océan épuisé, les ruisselets qui courent nus et noirs au milieu des ruelles, les ordures chauffées à blanc par un soleil sans pitié.
Ainsi est la ville alanguie, mâtinée de douceâtre et de vif, d'esquilles parfumées, de récifs saumâtres.
Inscription à :
Articles (Atom)